Le Vison d’Amérique dans le Tarn

Le Vison d’Amérique Neovison vison a été importé et élevé en France à partir de 1926 pour la production de fourrures. Des individus évadés de certains élevages ont établi des populations viables en nature en différentes régions de France FS 318- Vison d’Amérique.pdf (oncfs.gouv.fr), lui conférant de fait les statuts d’espèce exotique envahissante et de nuisible !

D’où viennent les visons observés dans le Tarn ? aucune observation ne permet de mettre en cause les 4 élevages qui ont été actifs en Aveyron et celui de Viane (81). En revanche, les données montrent une progression à partir de la Montagne Noire où au moins 9 élevages étaient actifs dans les années 1950-60 (de Ferrals-les-Montagnes à Saissac), les derniers étant celui de Saissac (2000) et celui de Mazamet (fermeture récente). Les individus évadés ont fait souche sur la Montagne Noire et ils se sont répandus alentours : de la plaine du Sor (Revel-31) et l’Agoût (au-delà de Vielmur-sur-Agoût 81) jusqu’à l’Orb et le Salagou (34), et sur le versant audois.

L’expansion vers l’Aveyron et la partie tarnaise de la vallée du Tarn peut être retracée partiellement : 2004 : La Bernussarie (Caucalières 81) (ONCFS 81) ; 2006 : Lamontélarié/Anglès (81) 3 individus (FN) ; Anglès (81) (UMI) ; 2007 : plusieurs dégâts et/ou captures signalés à Saint-Amans-Soult, Escoussens, Sorèze (81) et Revel (31) (ONCFS 81) ; 2014 : Moulin du Dourdou (Fayet) : une famille  (AT) ; 2016 : le Payssel (Réquista) : 1 individu (JMC); Moulin-Neuf (Montlaur) : une famille (ML) ; 2018 : le Cambou (Combret) : 1 individu (DH) ; Confluence Gos/Tarn (Saint-Izaire) 1 individu (JMC) ; Ambialet (81) : 1 individu (JMC) ; 2019 : Moulin de l’Oules (Mazamet 81) 1 individu (CD) ; Médaille (Marnhagues-et-Latour) : 1 individu (DH) ; Cazelles (Ambialet 81) 1 individu (NG) ; Belbèze (Saint-André 81) 1 individu (AB) ; Cénomes (Montagnol) 1 individu (AT) ; la Bascoule (Réquista) : 1 individu (LM) ; Puech Plo (Nages 81) : 1 individu (FB) ; 2020 : Labas (Brousse-le-Château) : 1 individu (JMC) ; Ravin de Coste Calde (Brusque) : 1 individu (DI et PM) ; la Nauq (Viala-du-Tarn) : 1 individu (GM).

A ce jour, le Vison d’Amérique ne semble pas s’être répandu au-delà de la vallée du Tarn. Des prospections pourraient toutefois réserver des surprises. Son observation est « facilitée » par son activité diurne fréquente et, parfois, par sa familiarité (visite de paniers à pêche, …). Par ailleurs, il est régulièrement victime de collisions routières. En cas de contact, une description précise de l’animal doit être effectuée et, si possible, accompagnée d’une photo. Tout particulièrement, l’absence de tâche blanche sur la lèvre supérieure doit être vérifiée ; elle est en revanche présente chez le Vison d’Europe – absent d’Occitanie – et chez le Putois d’Europe https://www.lpo.fr/images/conservation/preservation/fiche2_vison_et_putois_d_europe.pdf. Pour les éventuels risques de confusion avec d’autres mammifères aquatiques, voir la fiche LPO : https://www.lpo.fr/images/conservation/preservation/fiche3_loutre_castor_et_ragondin.pdf .

Le Vison d’Amérique est inféodé aux cours d’eau et à leurs ripisylves. Sa prédation se surajoute à celle des prédateurs autochtones et parfois exotiques (Silure glane), et contribue à réduire la densité et le succès reproducteur des oiseaux, rongeurs, insectivores, amphibiens, reptiles et autres crustacés. Sa distribution et son abondance semblent contraintes par la Loutre d’Europe qui le cantonnerait dans des habitats secondaires. Par ailleurs, il joue un rôle majeur dans la diffusion de la maladie aléoutienne et les individus confinés en élevage sont suspectés d’avoir servi d’intermédiaire entre la chauve-souris et l’Homme dans le cas du SARS-CoV-2, ce qui a entraîné leur abattage massif dans certains pays.
L’élevage en confinement étroit1 du Vison d’Amérique, par de-là les nombreuses questions éthiques qu’il soulève, met en évidence quelques-uns des risques qu’il fait encourir malgré lui tant pour la conservation de la biodiversité que pour la santé humaine.

Jean-Marc Cugnasse

 Observateurs : Arnaud Bonnet (AB), Francis Bonnet (FB), Jean-Marc Cugnasse (JMC), Claude Daussin (CD), Nicolas Gal (NG), David Hermand (DH), Delphine Ihler (DI), Mariette Leclaire (ML), Laurent Muscat (LM),  Pascal Maire (PM), Gaël Marceny GM), Frédéric Néri (FN), ONCFS, Alexandra Tual (AT), UMI.

(1) Une cage a une surface minimum de 2 550 cm² pour deux animaux adultes ou un adulte avec un jeune. En nature, le domaine vital de l’espèce s’étend entre 1,8 et 3 km de cours d’eau.