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Porte plumes

LE CRIME EST PRESQUE PARFAIT
Fabrice Nicolino
Éditions Les liens qui libèrent 2019

Contrairement à ce que laisserait penser le titre, ce n’est pas un polar bien qu’on y parle de criminels. Fabrice Nicolino présente des pesticides, les SHDI, leur historique et leurs effets. Ces produits sont des antifongiques largement utilisés depuis 2013,notamment sur le blé tendre, l’orge, les pommes de terre, les tomates, les arbres fruitiers, les terrains de sport…
Les SHDI inhibent une enzyme, la SDH ( succinate déshydrogénase ) qui, en résumé permet la respiration. Le fonctionnement descellules peut être perturbé par des anomalies consécutives à son dysfonctionnement. La SDH est présente dans la quasi totalité des organismes vivants, de la baleine à l’abeille et au ver de terre en passant bien sûr par l’homme. Tout au long du texte l’on voit l’imbrication entre les firmes de l’agrochimie et les administrations chargées de les contrôler. En voici quelques extraits des têtes de chapitre :« Où l’on est soudain très malheureux pour ces pauvres marchands. Non contents de faire face à une opposition hargneuse et à une concurrence féroce, il leur faut trouver des débouchés. Au besoin, les inventer… Où apparaît au milieu des éternels problèmes de débouchés, une nouvelle classe de pesticides, remplie de promesses. Où l’on va voir comment tordre le cou aux vilains champignons. En les privant de leur respiration.
Comme les vers de terre. Comme les abeilles. Comme les hommes ? Où cela se complique, à moins que cela ne s’éclaire. Où l’on voit pourquoi l’ANSES* et l’INRA** ne s’attaqueront jamais aux SDHI, pour la raison qu’ils en font la promotion.
Où l’on se pose cette question faussement naïve : est-ce bien raisonnable ? Où un livre qui s’achève commence par un livre. Où un marcheur de l’ancien temps ( Henry David Thoreau ) montre le chemin à tous ceux qui veulent encore un avenir. Où la désobéissance apparaît comme le meilleur remède à la soumission…
*Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
**Institut national de la recherche agronomique

UNE LIBELLULE CHEZ LES VAUTOURS
Chroniques de la pompe à Jules Tome III
Michel Mouze
PRNG éditions 2019.
Les trois volumes sont disponibles sur le site de l’éditeur.
Michel Mouze a été enseignant-chercheur en biologie animale à l’Université de Lille. Chacun sait que les ch’tis sont tellement fiers de leurs muscles qu’ils n’arrêtent pas de faire des jeux de mollets. Ceci dit pour rester dans le ton et entrer dans le vif du sujet. L’auteur nous raconte ses troisièmes retrouvailles avec son ami Jules. Dans la lignée des deux tomes précédents : « Mémoires d’un Vautour fauve » et « Vol bivouac pour un vautour », c’est écrit avec beaucoup d’humour et de dérision, une fois admis qu’un humain parle avec un vautour et autres piafs, car Jules est l’un des premiers vautours réintroduit dans les Causses. Ou plutôt pour ne pas le contrarier, il faut parler de «population de vautours restaurée dans leur habitat d’origine». Les allusions scientifiques sur les oiseaux et les mammifères rencontrés sont rigoureuses et bien documentées de même que les notions d’aérologie. L’ « Humain », comme l’appellent ses amis ailés, se retrouve dans des situations ubuesques comme la rencontre très animée avec un général qui déteste les écolos, mais qui, finalement, lui offre un VTT. Des individus très louches le maltraitent et le mettent au trou. Le récit se termine en apothéose par les vols d’Anax, une libellule géante retrouvée après moult péripéties. Pour ceux qui ne connaissent pas les odonates, Anax impérator est la plus grande libellule française. Ce livre m’a fait pleurer… de rire.

J’AURAIS PU DEVENIR MILLIONNAIRE, J’AI CHOISI D’ÊTRE VAGABOND
Alexis Jenni
éditions Paulsen 2020

C’est une biographie de John Muir, né en Ecosse en 1838, mort en Californie en 1914. Il est l’un des premiers écrivains naturalistes d’Amérique du Nord. Tout jeune il a fabriqué, sans rien connaître à la théorie, une pendule en bois très précise, un lit qui le secoue pour le réveiller à une heure prédéterminée, un thermomètre très ingénieux, le tout avec des matériaux de récupération. Il se levait à 1 heure du matin, bricolait jusqu’à 6 h, ensuite commençait la durejournée de travail à la ferme de ses parents, sous la houlette d’un père très strict.Peu après des études à l’université, il délaisse son métier de mécanicien inventeur et décide de voyager. Très frugal, avec pour nourriture du pain et de l’eau, il marche des centaines de
kilomètres, admire les paysages, la flore, les animaux. Il incite à la création du parc Yosemite en guidant sur place plusieurs personnalités.
Pour s’imprégner de cette nature qui le réjouit, il grimpe au sommet d’un arbre pendant une violente tempête et décrit les vibrations
et le balancement de cet arbre.
Pendant l’ascension difficile d’un mont, il est surpris avec un ami par une violente tempête de neige. La visibilité est nulle, la
marche sur une dangereuse arête rocheuse impossible, ils ne peuvent rejoindre le camp de base. Pour ne pas geler, ils s’installent
sur une zone d’émission de gaz, lequel est chaud mais toxique. Allongés, leur ventre brule et leur dos gèle, ils se retournent et c’est
le contraire, ils ne dorment pas pour éviter l’asphyxie.
Il relate ses expériences dans plusieurs livres qui aiguisent la conscience naturaliste de ses compatriotes.
Des récits de ses voyages sont traduits en français.

LA SAGESSE DES LOUPS
Elli H. Radinger
 éditions Trédaniel 2018

L’auteure a vécu avec les loups pendant plus de 20 ans, surtout dans le Parc National de Yellowstone. C’est une spécialiste mondialement connue. Ce n’est pas un livre scientifique, pas de graphique sur le sex ratio, le régime alimentaire… Elle écrit avec son cœur.
La lecture en est très facile sans aucune compétence zoologique. Elle y compare les caractères, les comportements et la vie en société des loups et de l’espèce humaine. Cette dernière ne se montre pas à son avantage. On y apprend aussi que la bêtise anti loup n’a pas de frontières.
Le comportement des membres de ces familles Loup dépend de leur personnalité, de leurs expériences, de leur capacité d’adaptation à des conditions qu’ils n’avaient jamais rencontrées.
Ils sont capables d’abnégation pour s’occuper d’un de leur congénère ou le défendre. Les rapports entre les différentes meutes peuvent s’avérer très complexes. Voici une citation qui pourrait inspirer les détracteurs du loup en France. Un conseiller membre de l’Association fédérale de protection de la nature en Allemagne demande à un berger roumain : « ce
qu’il faisait lorsqu’un loup avait tué l’un de ses moutons. J’ai honte répondit le berger…Tu as honte ? Que veux-tu dire par là ?…J’ai honte devant les autres bergers, parce que je ne suis pas un bon berger. Je suis responsable de mes bêtes et dois faire en sorte qu’il ne leur arrive rien. »

 

TIBET MINÉRAL ANIMAL
Photos : Vincent Munier
Textes : Sylvain Tesson
Editeur : Éditions Kobalann – 2018

Le style de Vincent Munier est très reconnaissable, on peut dire qu’il fait des photos couleur en noir et blanc.
Il nous présente dans ce livre sa quête de la rare Panthère des neiges dans les montagnes tibétaines. Dès les premières images, on est immergé dans un milieu quasiment onirique.
Dans ces paysages immenses, on se sent insignifiant et hors du temps. La touche de couleur d’un animal contraste avec le paysage de neige et de roche parfois estompé par un brouillard glauque ou lumineux. Invisible, peut-être très proche, la Panthère risque d’apparaître ou disparaître dans l’instant. Deux yeux au-dessus d’un rocher, elle surveille l’intrus.
Les carnets d’affût sont édités sous le titre TIBET promesses de l’invisible.
Sylvain Tesson a aussi écrit « La panthère des neiges » où il décrit leur traque de cet animal envoûtant.
Les livres de Vincent Munier sont disponibles sur son site Kobalann éditions. (Patrice Delgado)


PAS DE FUSILS DANS LA NATURE
Les réponses aux chasseurs
Auteur : Pierre Rigaux
Éditeur : humenSciences

Grâce à une documentation très complète et de nombreux exemples, l’auteur nous démontre comment les « premiers écologistes de France » détournent le vocabulaire et empochent les subventions des politiques de tous bords. Ainsi le Conseil Régional d’Occitanie leur a octroyé 160 000 euros en un an.
Les dits « nuisibles » qualifiés maintenant par la loi de « susceptibles d’occasionner des dégâts » sont détruits parce qu’ils se nourrissent de leur « gibier ». La régulation au fusil concerne des espèces réintroduites ailleurs comme le Courlis cendré. Ces philanthropes veulent tuer les Oies cendrées en France pour protéger les agriculteurs hollandais, mais les oies dont ils demandent chaque année à prolonger la saison de chasse nichent bien plus au Nord.
La florissante industrie de l’élevage de « gibier » permet de relâcher dans la nature des animaux qui perturbent les espèces sauvages, voire leur transmettent des maladies. Quant au sanglier hybridé avec le porc domestique, élevé en enclos, une fois libéré, il adore manger le maïs, ce qui contrarie les exploitants agricoles, souvent chasseurs. Toutefois ils récoltent aussi des indemnités. Ce « cochonglier » est maintenant chassable quasiment toute l’année.
C’est là un petit aperçu des sujets traités. Donc, un livre très instructif, cependant, lecture à éviter le soir, sinon risque d’insomnies et de cauchemars.


LA VIE SECRETE DES ARBRES
Auteur : Peter Wohlleben
Éditions des Arènes

Savez-vous que les arbres ont le sens du goût, de l’odorat, qu’ils communiquent avec leurs congénères, qu’ils ont de la mémoire, qu’ils les aident lorsqu’ils sont jeunes et en difficulté ?
Voici quelques-unes de leurs formidables capacités que l’auteur, un forestier allemand, nous dévoile. S’agit-il de nouvelles découvertes scientifiques ? Non car ces révélations sont connues depuis les années 70 mais sont restées dans le cercle des initiés sans souci de diffusion. Peter Wohlleben, fort de ses connaissances et de son expérience, en les vulgarisant et en utilisant un langage imagé et concret permet le partage. Ce discours jugé trop anthropomorphique par certains (peut-être trop anthropocentrés) est au contraire une langue qui fait naître l’émotion servant ainsi grandement la causes des arbres ; d’où le succès du livre qualifié de best-seller et vendu à plus d’un million d’exemplaires !
A savoir qu’un documentaire sur le sujet intitulé « L’intelligence des arbres » est sorti depuis le 13 septembre. Il relate le travail minutieux des scientifiques pour comprendre les interactions entre les arbres. A lire, à voir, pour comprendre un pan essentiel du vivant et s’émerveiller toujours et encore… Et pour aller plus loin, respectons, faisons respecter les arbres et plantons, plantons, plantons… (Evelyne Haber)


LE ROUNDUP FACE A SES JUGES
Auteure : Marie Monique Robin
Éditeur : La Découverte / Arte éditions 2017

Sous la forme d’un tribunal international, en octobre 2016 à La Haye, se sont exprimées des victimes du Roundup dans le monde. L’auteur rapporte leur témoignage ainsi que ceux de scientifiques indépendants qui ont fait des enquêtes auprès d’agriculteurs et mené, parfois avec eux, des expérimentations sur les effets du glyphosate.
Le glyphosate est un chélateur de métaux, un puissant antibiotique et bien sûr un pesticide. Un chélateur est un produit qui fixe les métaux, il a été utilisé pour nettoyer les tuyauteries. Dans le sol il s’amalgame avec les éléments nutritifs comme le manganèse qui n’est plus assimilable et cause des carences aux plantes, puis aux animaux qui s’en nourrissent (porcs, bovidés), qui naissent avec des malformations et souvent doivent être détruits par les éleveurs. Les effets sur l’homme sont documentés par de nombreux exemples. Pourquoi un tel produit est vendu ? D’après les témoignages, les agences chargées de la sécurité alimentaire ont des intérêts communs avec Monsanto. D’ailleurs on ne sait pas encore si le glyphosate sera utilisé en France pendant 3 ans, 5 ans ou plus. M. Robin a aussi écrit ; « Le monde selon Monsanto » La découverte /Arte Editions 2008. (Patrice Delgado)


ALMANACH D’UN COMTÉ DES SABLES
Auteur : Aldo Léopold
Éditeur : Éditions Aubier – 1995

Ce livre a été publié en 1949 après le décès de l’auteur. On le trouve en plusieurs éditions françaises récentes.
Aldo Léopold était ingénieur à l’Office américain des forêts. Il s’est d’abord occupé de la faune et de la chasse mais il a vite élargi ses intérêts vers une vue plus globale de la nature. C’est un des fondateurs de l’écologie aux Etats Unis. Il nous présente ses réflexions en brefs chapitres sous forme d’almanach, ensuite à travers ce qu’il appelle « Quelques croquis ».
Voici des extraits de la préface française de JM Le Clézio. « Le pouvoir de ce livre n’est pas seulement dans les idées. Il est avant tout dans la beauté de la langue, dans les images qu’il fait apparaître, dans la fraîcheur des sensations…Le regard prophétique qu’Aldo Léopold a porté sur notre monde contemporain n’a rien perdu de son acuité, … Voici un livre que chacun devrait avoir avec soi, amoureux de la nature ou simple promeneur du dimanche, aventurier du retour à la terre ou sympathisant du mouvement écologiste,… »
D’autres titres sont disponibles en français : Pour la santé de la terre, Bibliophila 2014 ; La conscience écologique, Wildproject 2013, 22 euros. (Patrice Delgado)


LÉGENDES D’OISEAUX
Auteur : Guilhem Lesaffre
Éditeur : Delachaux et Niestlé

L’auteur nous promène dans le temps et l’espace à la recherche de contes et légendes sur les oiseaux. L’illustration est très variée.
Voici quelques mots sur le corbeau.
« Bien qu’il soit noir, il est aussi oiseau de bon augure. Symbole de l’amour et de la piété filiale au Japon, en Chine il a apporté la lumière au monde. Dans la bible, Noé l’envoie en reconnaissance. En Grèce, il a choisi l’emplacement d’un temple à Delphes. Les Celtes le lient à Lug d’où Lugdunum, l’actuel Lyon. Son intelligence et sa maitrise acrobatique du vol quand il joue avec le vent ont séduit les scandinaves. Il est évoqué par le poète Edgard Alan Poe, dans un conte des frères Grimm et aussi présent en Afrique dans l’imaginaire des Peuls. Sa couleur noire, son croassement et sa consommation de charognes l’ont desservi ; lire François Villon « La ballade des pendus ». Chacun connaît la fable de La Fontaine et les Grands Corbeaux de la Tour de Londres. »
Ce livre plaît tellement qu’on raconte qu’une personne l’ayant offert à un ami le lui a repris aussitôt. (Patrice Delgado)


L’ÉTONNANTE INTELLIGENCE DES OISEAUX
Auteur : Nathan Emery
Traduction : Mickaël Legrand
Éditions Quae 2017

Une des définitions de l’intelligence par les scientifiques, pour un être dépourvu de parole, est la possibilité de résoudre un nouveau problème par cognition (processus par lequel un organisme acquiert la conscience des événements et des objets de son environnement) plutôt que par un simple apprentissage ou l’instinct.
Le cerveau de l’oiseau est organisé différemment de celui de l’humain, l’étude montre que les zones qui gèrent les informations ne correspondent pas ; en comparant avec le cerveau humain, l’on avait déduit que l’oiseau ne présentait aucune possibilité d’intelligence. Cette affirmation est maintenant formellement démentie par l’expérimentation au travers de tests.
On apprend que la pie se reconnaît devant un miroir, qu’elle identifie aussi le « visage »  de ses congénères. Les oiseaux communiquent entre eux et ils peuvent tromper leurs voisins quand ils cachent de la nourriture et se savent observés. Ils savent préparer un outil.
Esope par sa fable « Le corbeau et la cruche » a inspiré l’expérience suivante : on présente à un corbeau un tube dans lequel flotte un ver, le niveau est trop bas pour la longueur du bec, il prend des cailloux qu’il laisse tomber dans le tube, quand le niveau est suffisamment monté, il arrête et mange le ver.
Un livre dense à méditer, que reste-t-il de la prétendue suprématie d’Homo sapiens ? (Patrice Delgado)


LETTRES DES ANIMAUX A CEUX QUI LES PRENNENT POUR DES BÊTES
Auteur : Allain Bougrain Dubourg
Éditions : Les échappés

Allain Bougrain Dubourg a écrit de nombreux ouvrages toujours très appréciés du grand public comme du naturaliste averti grâce à son écriture humaniste, sensible et sincère.
En voici un qu’il a longtemps hésité à publier ; il aborde un thème qui lui cher et qu’il défend depuis de nombreuses années : la souffrance animale.
« Lettre du cochon à l’éleveur », « Lettre du taureau aux toreros », « Lettre du cheval à l’hippophage », « Lettre du blaireau aux déterreurs », … voici quelques-uns des 16 chapitres qui sonnent comme autant de plaidoyers pour la cause animale en abordant le sujet sous un autre angle dans l’objectif de faire évoluer les mentalités.
Avec un regard original qui dénonce dans la bouche des victimes la cruauté et la barbarie de celui qui se dit humain, il montre que l’humanité n’est pas du côté qu’on imagine. Mais où est-elle dans ces récits édifiants si ce n’est dans celui à qui on donne la parole ? Car même si la lecture des différents chapitres est souvent douloureuse, elle développe toujours des pistes pour envisager un avenir où les termes de respect et, oserais-je dire, d’amour du vivant deviendraient assimilés à nos relations avec les bêtes, êtres sensibles et doués de différents niveaux de conscience.
Une lecture difficile sans doute mais salutaire qui fait œuvre utile pour la cause animale par son approche singulière. (Evelyne Haber)


L’INFINIE PATIENCE DES OISEAUX
Auteur : David Malouf
Éditions Albin Michel – 2018

Une œuvre romanesque qui devrait intéresser les ornithologues ! Ce roman australien paru en 1982 sous le titre “Fly away Peter” vient d’être traduit et édité en France.
Dans le Queensland, au début du XXème siècle, deux jeunes australiens passionnés par les oiseaux rêvent de créer un sanctuaire dédié à la nature. Ces amoureux de la nature nous font partager leurs observations: “Une vaste population d’oiseaux aquatiques vivait là et l’on trouvait, dans les pâturages et le pays boisé au-delà, des loriquets, des perruches ainsi que les différentes familles de pigeons-ptilopes et colombines, à l’occasion un carpophage à double huppe ou une colombine marquetée…”
La guerre éclate en Europe en 1914 et le Dominion d’Australie y envoie des troupes. Les deux amis se retrouvent dans la tourmente de la guerre dans le nord de la France. Malgré la violence des combats ils prennent le temps de noter la présence d’oiseaux sur le champ de bataille, parenthèse de paix : “Samedi: un torcol, avec son drôle de vol, en vagues montantes et descendantes, sa queue rayée bien visible; mercredi : des alouettes, chantant dans les airs et se laissant tomber en spirales, pas du tout effrayées par le bruit de la fusillade.” (Claude Daussin)


LUMIÈRE DES OISEAUX
Auteur : Pierre Morency
Édition : Boréal / Seuil 1992

Ce livre nous emmène au « Nouveau monde », le Canada, où les grands espaces ouvrent l’esprit autrement que nos réalités hexagonales étriquées.
C’est un recueil très poétique de nouvelles et de carnets de terrain. Par la magie du verbe, l’auteur nous élève dans un ciel d’oiseaux.
Voici un extrait de la préface d’Yves Berger. « Vous venez de lire, par exemple : « Quand le ciel s’allume, l’ample concert naturel se répand tout autour de la maison. C’est le rire du Pic flamboyant, les turbulences aiguës du Moucherolle huppé, les notes vives de la Paruline masquée, la phrase de cristal du Gros-bec à poitrine rose » … et si, jusque- là vous avez hésité, ici vous rendez les armes : le naturaliste que vous êtes devenu désigne en Pierre Morency un oiseau qu’il va nommer, par exemple (je le propose) le Jubilant du Nouveau Monde et son cri, le rire joyeux. Un cri qui s’ébauche et retentit tout au long de ce livre, où ne cesse de jubiler le Jubilant… Le vocabulaire de Pierre Morency est si précis qu’il fait votre oreille de lecteur aussi fine qu’il a l’œil aigu. » (Patrice Delgado)


LES OISEAUX DE GUYANE
Auteur : Tanguy Deville
Édition : Biotope éditions – 2018

La forêt équatoriale, le rêve de l’admirateur des oiseaux ; des centaines d’espèces aux formes parfois originales et aux couleurs inconnues chez nous. Mais… le rêve engendre parfois le cauchemar. Qui y a passé un peu de temps, a subi les pluies diluviennes et le vent d’une « tormenta » dans une pirogue au milieu d’une rivière amazonienne large d’un kilomètre minimum, oublie le paradis. L’autre facteur original est la pérennité du temps et du climat.
Nos points de repère habituels disparaissent. Le soleil se lève à 6 h le matin et se couche à 6h le soir. Mis à part les variations saisonnières , saison des pluies, « saison sèche », le temps météorologique est uniforme et la perception par l’humain déconcertante. Francis Hallé*, le grand spécialiste de ces forêts parle d’un monde sans hiver. Cette impression que le temps est figé influe sur la vie. Immergé dans les arbres, le calme habituel est soudain troublé par le fracas d’une feuille qui tombe. La forêt silencieuse pendant des heures s’anime soudain de chants et de virevoltes colorées des rondes d’oiseaux.
Ce livre par ses belles photos originales, carnets de terrain et textes nous transporte avec bonheur dans ce milieu déconcertant, merveilleux et envoûtant, si opposé à nos médiocrités quotidiennes.
*Francis Hallé a écrit plusieurs livres excellents sur les arbres : «  Un monde sans hiver » présente les milieux de ce monde des tropiques et son influence sur les hommes. (Patrice Delgado)


BELLE DES BOIS
Auteur : Fabrice Cahez
Éditeur : Art et nature

Fabrice Cahez, connu des lecteurs de l’Oiseau Mag par ses chroniques, nous présente la Martre des pins. Ce livre, qui illustre des aspects de la vie de cette espèce très furtive par de belles photos et des commentaires dans un style inimitable, est le fruit de cinq années d’affût du tenace vosgien. « Ce n’est qu’à partir de 2014 que j’ai décidé de me consacrer quasi exclusivement à sa recherche. Pendant cinq printemps et cinq étés, de 2014 à 2018 inclus, d’avril à fin août, je suis sorti en forêt, systématiquement tous les matins, pendant au moins trois à quatre heures, quelle que soit la météo. »
Je lui laisse la plume ou plutôt le pinceau* pour croquer la belle croquant des prunes : « J’avais affaire à deux jeunes martres qui croquaient la vie à pleines dents et leur haletante sarabande acrobatique m’émerveillait. Après plusieurs numéros de voltige, nombre de jonglages réussis et moult fruits engloutis, les deux équilibristes entreprirent un dernier tour de piste endiablé,… »
Et aussi de la mélancolie : « Il était un petit chemin que j’aimais et qui me le rendait. Pendant plus de vingt ans, j’y avais observé et photographié les petits et les grands, les bois et les crocs, les groins et les griffes… J’y avais regardé les feuilles frissonner, les bourgeons se friper, l’églantine se déshabiller et la fauvette babiller. J’y avais observé le citron se presser et l’aurore butiner, … j’y avais senti et ressenti, su et reçu, appris et surpris. »
*les pinceaux en poils de martre sont considérés comme les meilleurs. (Patrice Delgado)


LA PLANTE ET SES SENS
Édition Buchet-Chastel

Où est-il le temps où le poète disait : « objets inanimés, avez-vous donc une âme ». Même la Femme considérée alors comme un objet a acquis récemment le statut d’être pensant, mais ce mépris récurrent, et il me vient l’image du tableau de Gustave Courbet : «  l’Origine du monde », ne serait-il pas dû à ce que des « penseurs » n’acceptent pas qu’ils n’existent que grâce à la Femme.
Revenons à notre sujet original, les études scientifiques récentes montrent que les plantes sont bien des êtres vivants et en tant que tels ont des sensations ressemblant à celles des humains.
Ce livre présente des expériences basées sur nos sens qui sont présents sous une forme différente chez les plantes et montrent qu’elles sont conscientes de leur environnement.
Voici le sommaire : La plante et la vue / La plante et l’odorat / La plante et le goût / La plante et le toucher / La plante et l’ouïe / La plante et l’orientation / La plante et la mémoire / Épilogue, la plante consciente. (Patrice Delgado)


MARTIN, LE PÉCHEUR
Auteur et photographe : Erwan Balança
Éditeur : Salamandre

Erwan Balança nous offre des images époustouflantes du Martin pêcheur. Même les classiques poissons assommés sur une branche sont originaux. Mais les clichés les plus spectaculaires le présentent sous l’eau. Outre l’originalité de ses postures, le mélange des couleurs crée de véritables tableaux. Les commentaires nous apprennent quelques traits mal connus de sa physiologie et de ses comportements. En guise de conclusion de l’auteur : « L’homme de demain à besoin d’eau, de zones humides et de leurs habitats. Toute cette belle vie émouvante est source de bonheur, d’épanouissement et de plénitude. Le Martin pêcheur, dont la beauté ne laisse personne indifférent, relie l’air et l’élément liquide en plongeant son observateur dans ces mondes mystérieux et fascinants. La porte est ouverte, à vous de la pousser. » (Patrice Delgado)


LA MUE DES OISEAUX, UNE AIDE POUR L’ORNITHO DE TERRAIN
Auteurs : M Duquet – S Reeber
Éditions : Delachaux et Niestlé

Dans une première partie, l’auteur présente les différentes plumes et l’organisation du plumage, qu’est-ce qu’une mue et pourquoi muer. Il aborde ensuite la chronologie et le déroulement de la mue. Le chapitre sur la nomenclature, d’après la terminologie américaine Humphrey-Parkes ignore nos habituelles juvéniles, post ou prénuptiales et parle de basique, formative, alternative,… de même pour les plumages, 1er hiver devient formatif, 1er été alternatif 1, etc…
Dans la 2ème partie il aborde quelques cas concrets avec différentes familles d’oiseaux. (Patrice Delgado)


CE QUE LES OISEAUX ONT A NOUS DIRE
Auteur : G. Loïs
Éditeur : Fayard 2019

Un livre rafraichissant. L’auteur, scientifique au Muséum National d’Histoire Naturelle, est aussi poète.
Le débutant comme l’ornithologue chevronné y découvriront de nombreuses informations sur le comportement des oiseaux, souvent surprenant et très élaboré pour des êtres qu’on pensait dépourvus d’intelligence. Impossible d’en faire un compte rendu détaillé, je préfère citer un passage sur le Merle noir.
« Ce qui rend la musique du merle si belle, ce sont les pauses entre chacune de ces phrases decrescendo. Comme si cet oiseau noir, ventru, à l’œil écarquillé, cerclé de jaune, et au bec de même couleur, prenait le temps de guetter l’effet de sa mélodie dans l’atmosphère, son écho.
Le rythme général, les silences, le fait que l’ensemble puisse alterner pendant plus d’une heure, tout cela participe d’une atmosphère d’éternité. C’est le chant de la fin des temps, des aubes, des crépuscules et des nuits urbaines…  » (Patrice Delgado)